La frégate de 24

Au milieu du XVIIIe siècle, la marine française dispose encore de plusieurs petits vaisseaux à deux-ponts portant seulement une cinquantaine de canons faiblement armés dans leur batterie basse – la plus importante – de 22 à 24 pièces de 18 ou 24 livres, tandis que les vaisseaux à deux-ponts plus grands portent du 36. Ces petits vaisseaux, sans réelles qualités, trop peu armés et trop fragiles pour pouvoir soutenir le feu d’un vaisseau de 64 canons, et à plus forte raison d’un 74 canons, sont très peu appréciés. Malgré ses nombreux défauts, la France continue de construire ce type de bâtiment car leur construction procure l’emploi de bois trop faibles pour des vaisseaux plus grands et trop forts pour des frégates. Ils sont en outre utiles pour assurer certaines missions de croisière et garde-côte. Leur armement, sensiblement moins onéreux que les vaisseaux plus grands, sont également un bon argument.

En 1768, le secrétariat d’État à la marine demande à trois ingénieurs de Brest, Rochefort et Toulon de dresser les plans d’un vaisseau de 50 canons, armé de pièces de 24 livres à la batterie basse. C’est à cette occasion que Jacques Boux, ancien officier auxiliaire, propose purement et simplement de ne plus construire ce type de bâtiment, totalement dépassé, et de réaliser à la place de grandes et puissantes frégates, d’un déplacement analogue au vaisseau de 50 canons (2000 tonneaux) et portant des canons de 24 (à cette époque la plupart des frégates françaises portent du 8, quelques unes seulement portent du 12).

En 1762 déjà, le constructeur brestois Lamothe avait proposé la construction de grandes frégates, portant une cinquantaine de canons, destinées à agir en croisière sur les navires de commerce anglais. La proposition de Lamothe n’avait, à l’époque, pas été retenu.

L’idée de Boux est relativement similaire. Elle consiste à supprimer la deuxième batterie du vaisseau de 50, d’où un gain de poids important sur les œuvres mortes et l’artillerie, ainsi qu’un abaissement très sensible du centre de gravité, permettant de diminuer considérablement le lest. A ceci s’ajoute un échantillon moindre de la membrure, réglée sur une largeur principale un peu inférieure à celle du vaisseau de 50, et une maille plus large. Ces gains de poids sur la construction et le lest permettant un tracé de carène favorable à la marche, et des approvisionnements en vivre portés à une année au lieu des six mois habituels (à la réserve de l’eau et du bois dont approvisionnés pour trois mois). Ces frégates seraient ainsi capable de faire des croisières lointaines sur le commerce anglais aux Indes, et ce malgré l’absence de bases françaises dans le secteur (à cette époque, nous ne disposons que des îles de France et Bourbon). Ce nouveau type de frégate, percée à treize et fortement armée de 26 canons de 24 livres, bénéficiant d’une hauteur de batterie de 6 pieds, serait selon Boux plus manœuvrière qu’un vaisseau et pourrait s’opposer le cas échéant sans désavantage à celui-ci : un vaisseau de 64 canons porte 26 canons de 24 à sa batterie basse, armement identique à la frégate de Boux, et sa hauteur de batterie est de l’ordre de 5 pieds au maximum. Boux assure que cinq à six frégates, opérant dans l’océan Indien dés le début des hostilités, pourraient faire un tort considérable au commerce anglais.

Le projet est adressé au ministre, le duc de Choiseul-Praslin (1766-1770), qui le fait examiner par le chevalier de Borda. Le rapport du chevalier est favorable et confirme l’argumentation de Boux, à la réserve de n’utiliser ces nouvelles frégates que pour les opérations lointaines. Borda considère que « les plans ne différent pas essentiellement de celui des carènes formées selon le système de construction ordinaire. Ses proportions de la longueur à la largeur sont celles de bonnes frégates et ses capacités sont celles des petits vaisseaux de 50 canons, quant à sa stabilité et à sa vitesse, je crois qu’elles sont supérieures non seulement à celles des vaisseaux de 50 canons ce qui ne serait pas beaucoup dire, mais encore à celles des bonnes frégates ». Dans l’immédiat pourtant, le projet de Boux n’a pas de suite.

Tout change durant la décennie suivante. A la fin de l’année 1770 en effet, le duc de Praslin quitte ses fonctions de ministre de la marine et est remplacé, en décembre 1770, par Terray, lui-même remplacé en avril 1771 par le marquis de Boynes. Cette nomination est décisive pour Boux, qui devient alors un conseiller très écouté du nouveau ministre. Celui-ci, homme de robe, étranger au département de la marine, s’aide de conseillers, dont Boux, officier bleu. Fort de ce nouvel appui, Boux obtient la construction à Lorient de deux frégates de son système : la Pourvoyeuse et la Consolante, armées toutes les deux de 26 canons de 24.

Malheureusement pour lui, l’ordonnance de 1772, voulu par Boynes, "militarisant" la marine royale à l’image de l’armée de terre, suscite l’indignation générale de la marine. Si bien qu’à la mort de Louis XV, Bourgeois de Boynes est rapidement remplacé par Turgot puis Sartine, qui s’empresse d’abroger l’ordonnance et d’écarter Boux qui, malgré sa nomination le 22 mars 1772 comme capitaine de vaisseau, reste un officier bleu rejeté par le grand corps. Boux demande finalement sa mise à la retraite en août de la même année. Parti en Hollande, il y proposa un plan d’une frégate de 44 canons qui fut adopté par la Marine hollandaise. La Pourvoyeuse et la Consolante, mises en chantier quelques mois plus tôt, au printemps 1772, vont faire les frais de cette situation. Elles seront inutilisées, leur artillerie réduite :

- La Pourvoyeuse est lancée en novembre 1772 et entre en service en 1773. Durant la guerre d’Indépendance, elle participe à la campagne des Indes et, sous le commandement du capitaine de vaisseau Saint-Orens, capture notamment, le 21 février 1778, l’Osterley, navire de la compagnie des Indes anglaises armé de 24 canons de 18, sous le cap des Aiguilles. Cette capture fit à l’époque grand bruit car le navire anglais, allant de Calcutta à Londres, avait une riche cargaison – composée essentiellement de soieries et de toileries du Bengale – estimée à environ 7 millions de livres (une véritable fortune). Après la guerre, la Pourvoyeuse est finalement armée en flûte de 1280 tx armée de 26 canons. Elle est rayée des listes à Brest en 1794.

- La Consolante, quant à elle, est lancé en juin 1775 et entre en service en 1776, elle participe, elle aussi, sous le commandement du capitaine de vaisseau La Motte-Vauvert, à la Campagne aux Indes, de 1781 à 1783, avec l’escadre de Suffren. La frégate est mise en ponton en 1784 et démolie à Brest en 1804.

Caractéristiques des frégates de Boux : longueur 154 pieds ; largeur 38 pieds ; creux 16 pieds 5 pouces ; déplacement 1928 tonneaux ; équipage 350 hommes.

Les frégates de 24 construites sous la Révolution

Plans de la frégate La Forte. Extrait de l’Atlas du Génie Maritime. Service historique de la Défense.

Il faut attendre la Révolution, plus de vingts ans plus tard, pour que l’idée de construire de grandes frégates de 24 réapparaisse. Deux frégates de 24, la Résistance et la Vengeance, du jeune ingénieur-constructeur O. Degay, sont en effet construites à Paimboeuf en 1793 et 1794. Ces bâtiments portent à leur batterie 30 canons de 24, et leurs gaillards sont armés de 20 canons de 12. Les deux frégates sont respectivement capturées en 1797 et en 1800.

Au même moment, François Caro, ingénieur-constructeur, donne en 1794 les plans de la frégate la Forte, mise en chantier à Lorient le 29 mai 1794. La Forte est lancée le 26 septembre 1795 et mise en service à la fin de l’année 1795. D’un tonnage plus important que les frégates de Degay, son armement est également différent de celles-ci : 30 canons de 24 livres à la batterie, 14 de 8 livres sur le gaillard d’arrière, et 6 sur celui d’avant. La Forte se révèle être une excellente frégate pendant la campagne de Sercey, dans l’océan Indien. Willaumez évoque « sa carène admirable, qui la rendait supérieure à tous les bâtiments, par tous les temps et à toutes les allures ». Elle est finalement prise par la frégate HMS Sibylle, le 1er mars 1799. Incorporée dans la Royal Navy, elle fera naufrage en juin 1801.

Sur les mêmes plans que la Forte est également construit, en 1799 à Toulon, une nouvelle frégate de 24 : l’Égyptienne. Celle-ci est perdue à la fin de l’été 1801 suite à la capitulation d’Alexandrie. Une courte campagne effectuée en Corse permet cependant de constater les excellentes qualités de cette frégate. Selon le capitaine de vaisseau Barré, la frégate est « un bâtiment modèle ».

Malgré l’intérêt de ces nouvelles frégates, on choisit d’abandonner cette formule, jugée trop onéreuse, son coût de construction étant presque égale à celle d’un vaisseau de 74 canons. On préfère donc poursuivre la construction des frégates de 18.

Il est intéressant de remarquer que parallèlement à la construction des frégates de Degay et de Caro, plusieurs grandes corvettes portant des canons de 24 sont construites en France entre 1794 et 1795 : la Romaine, la Libre, la Comète construites au Havre, la Revanche et l’Incorruptible construites à Dieppe, la Désirée et la Poursuivante construites à Dunkerque, l’Immortalité construite à Brest, l’Impatiente à Lorient. Celles-ci, d’une longueur de tête en tête de 140 pieds, d’une largeur hors membrure de 36 pieds et d’un creux de 17 pieds 90 pouces, d’un déplacement de 1071 tonneaux, sont armées de 24 canons de 24 livres et équipées d’un four à boulets rouges et d’un mortier de 12 pouces (!). Elles sont le fruit d’un programme un peu fou, dont la réalisation est confiée à l’ingénieur Forfait, consistant à armer très lourdement des navires légers. Finalement, ces corvettes sont un échec total du fait des très faibles qualités à la mer de ces petits navires trop lourdement armés. L’emploi du mortier se révèle en outre très difficile en pratique et l’utilisation du four bien plus dangereuse pour le bâtiment qui le porte que pour l’adversaire. En conséquence, l’armement de ces navires est rapidement réduit et ne cessera d’évoluer au fil des années. A noter qu’étant donné leur conceptions particulières, certaines sources classent ces bâtiments comme étant des frégates ou frégates-bombardes, c’est pourquoi je les évoque ici.

L’Incorruptible, par Olivier Colin.

Le développement des grandes frégates aux États-Unis puis en Europe

A la même époque que la construction des frégates de Degay et de Caro, de l’autre coté de l’Altantique, un certain Joshua Humphreys écrit :

« Les navires qui composent les flottes européennes sont généralement classés par leurs rangs, mais comme la situation de nos rades et de nos ports est différente, et que notre marine sera pendant très longtemps inférieure en nombre, nous devons choisir des bâtiments capables de surclasser ceux de nos ennemis. Par vent fort, les frégates dominent les vaisseaux à deux ponts, et par vent faible, elles peuvent facilement leur échapper [...] La construction de frégates doit être notre priorité. Leur quille devra mesurer au minimum 150 pieds (45 m), car ces frégates devront porter 28 canons de 32 livres ou 30 pièces de 24 livres en batterie et des canons de 12 livres sur les gaillards. Elles devront avoir une charpente aussi forte que celle d’un vaisseau de 74 canons, et je propose d’utiliser du cèdre rouge et le chêne vert pour les construire [...] Comme ces navires coûteront beaucoup d’argent, il est essentiel de les construire avec les meilleurs matériaux que nous pourrons nous procurer.
Des frégates armées de canons de 12 ou de 18 livres ne sont pas, à mon avis, capables de répondre à ce qu’on attend d’elles, surtout si nous devons prendre part à la guerre en Europe [...] Une grande frégate est-elle plus apte à protéger notre commerce que deux petites ? Celles-ci ont-elles plus de chances contre un vaisseau à deux ponts ? Pour ma part, je suis intimement convaincu qu’une grande frégate répondra le mieux à ce qu’on attend d’elle. »

Humphreys est écouté et le 27 mars 1794, le président George Washington signe le "Naval Act of 1794" – ou "Act to Provide a Naval Armament" – par lequel le Congrès autorise la construction de six grandes frégates :
- l’United States, la Constitution et le President d’une longueur entre perpendiculaires de 164 pieds (53,34 m), largeur au maître bau 41 pieds (13,26 m), creux de 14 pieds 3 pouces (4,34 m). Construites respectivement à Philadelphie, Boston et New-York. Lancements respectifs les 10 mai 1797, 21 octobre 1797 et 1er avril 1800. Artillerie théorique de 44 canons ;
- la Constellation et le Congress d’une longueur entre perpendiculaires de 153 pieds (49,76 m), largeur 37 pieds (12,19 m), creux 12 pieds (3,96 m). Construites respectivement à Baltimore et Portsmouth. Lancement respectifs le 7 septembre 1797 et en décembre 1799. Artillerie théorique de 36 canons ;
- la Chesapeake d’une longueur entre perpendiculaires de 141 pieds (46,02 m), largeur 38 pieds (12,30 m), creux 12 pieds (3,98 m). Artillerie théorique 36 canons.

Ces frégates obtiennent, lors de la guerre anglo-américaine de 1812-1814, de remarquables succès face aux frégates anglaises.

L’USS Constitution aujourd’hui à Boston.

L’efficacité des frégates américaines provoquent un véritable engouement en Europe pour ce type de bâtiment, en Angleterre bien entendu mais également en France.

Les Anglais, qui avaient déjà installé des canons de 24 sur la Pomone, frégate de 18 française capturée le 23 avril 1794, avaient également construit leurs propres frégates de 24 en 1797 : l’Endymion, largement inspirée de la Pomone, et la Cambrian. Pour autant, à l’instar des Français, l’expérience n’ira pas plus loin et la Royal Navy se contentera d’incorporer dans ses listes les quatre frégates de 24 françaises capturées entre 1797 et 1800 comme nous l’avons vu.

Suite à la guerre de 1812, les Anglais lancent la construction de sept nouvelles frégates de 24, dont cinq sur les mêmes plans que l’Endymion. En 1820 sont lancés deux nouvelles frégates : la Java et la Southampton, inspirées des frégates américaines Chesapeake et President, capturées pendant la guerre. En tout, sept frégates de ce type seront construites entre 1820 et 1843.

Frégate de 24 anglaise construite suite à la guerre de 1812.

En France, Napoléon et son ministre de la Marine, l’amiral Decrès, commencent également à s’intéresser à la construction de grandes frégates portant du 24. A la fin de l’année 1811 déjà, les français profitent de la présence de l’USS Constitution à Cherbourg pour en étudier soigneusement les caractéristiques. En août 1813, l’Empereur ordonne la construction de plusieurs grandes frégates inspirées des modèles américains. Mais l’Empire s’effondre huit mois plus tard, sans que la mise en chantier d’aucun de ces bâtiments n’ait encore débutée.

L’idée n’est toutefois pas abandonnée. Dés l’année 1816, le baron Dupin, ingénieur de la marine, membre de l’Institut royal de France, a l’occasion de visiter, en Angleterre, plusieurs grandes frégates armées de canons de 24. Dans son intéressant ouvrage Voyage dans la Grande-Bretagne, il écrit :

« Nous devrions à l’avenir ne construire que des vaisseaux sans dunette, et compenser cette suppression, en continuant la batterie des gaillards, depuis l’avant jusqu’à l’arrière. Alors nous aurions des vaisseaux à quatre et à trois batteries complètes. Tels sont les vaisseaux des Américains. D’après les mêmes principes, leurs grandes frégates ont deux batteries complètes. Ne craignons pas de revenir sur un pareil sujet. Ainsi que nous l’avons déjà remarqué , lors de la dernière guerre entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, les Américains durent leurs avantages aux grandes frégates qu’ils avaient fait construire , et qui portaient cinquante-quatre bouches à feu, du calibre de 24 et de 42. Les Anglais, éclairés par une fâcheuse expérience, se sont hâtés de construire des frégates, sur les mêmes dimensions. J’ai visité la frégate le Leander, à son retour d’Alger. Elle est armée de soixante bouches à feu ; trente pièces de 24 long forment sa première batterie ; trente autres pièces, en partie 24 court, en partie caronades de 42, forment la batterie des gaillards. J’ai visité à Plymouth la frégate le Java, pareillement armée. avec des canons de 24 et des caronades de 42, au nombre total de soixante bouches à feu. Dans les autres arsenaux il y avait en construction plusieurs frégates de ce rang ; il y en avait en désarmement : leur nombre s’accroît chaque année. Si nous ne suivons pas l’exemple des Anglais et des Américains, dès la première guerre, on verra les bâtiments ennemis attaquer nos bâtiments de même rang, avec un avantage irrésistible ; et prendre à peu de frais cet ascendant moral, fruit des premiers succès facilement ou chèrement achetés. »

En 1817, un concours auprès des ingénieurs du génie maritime est organisé pour donner les plans d’une frégate armées de 50 bouches à feu, dont 30 canons de 24 à sa batterie, 2 canons de 12 pour signaux et chasse, et 18 caronades de 36 pour le pont supérieur. La frégate doit en outre pouvoir porter des vivres pour 6 mois, de l’eau pour 4 mois, et avoir un équipage de 450 hommes. Les plans de la Forte sont proposés aux ingénieurs comme modèle de base. Les plans de trois ingénieurs – Simon, Bretocq et Filhon – sont retenus et suivis pour la construction de sept frégates mises en chantier entre 1819 et 1822 : la Jeanne d’Arc (Brest, 1819) ; la Clorinde (Cherbourg, 1819) ; l’Amazone (Brest, 1820) ; la Vestale (Rochefort, 1820) ; la Vénus (Lorient, 1820) ; la Cérès (Toulon, 1820) et l’Atalante (Lorient, 1821). Dimensions : longueur 160 pieds ; largeur 40 pieds 6 pouces ; creux 21 pieds 6 pouces. Pour la première fois depuis 30 ans, des bâtiments d’importance ne sont pas conçus par J.-N. Sané. En 1819, l’armement est augmenté de 8 caronades de 36 et les frégates de 24 portent dés lors 58 canons. Une ordonnance de 1820 prévoit la construction de 50 frégates de ce type.

En 1822, le baron Tupinier, membre de la commission de Paris chargée d’établir les nouveaux plans types des navires de guerre français, publie un rapport Observations sur les dimensions des Vaisseaux et Frégates de la Marine française (rapport important plusieurs fois évoqué sur Trois-Ponts!). Il y critique fortement les frégates de 24 issues du programme de 1817 et propose purement et simplement leur abandon. Très séduit par la transformation de vaisseaux de 74 canons en frégates par la suppression de leur second pont, il propose une nouvelle catégorie de frégates dîtes de 1er rang, portant 62 bouches à feu et utilisant le calibre de 30 nouvellement adopté.

Plusieurs nouvelles frégates de 24, issues des plans d’Hubert et de Barallier notamment, sont toutefois construites entre 1826 et 1830. Ces frégates, classées en 2e rang, percées à 14, sont armées de 28 canons de 24 à leur batterie et de 22 caronades de 24 sur le pont supérieur. Si l’on ajoute les deux canons de 18 réservés aux sabords de chasse, on compte 52 bouches à feu en tout. Il s’agit de l’Artémise (construite à Lorient de 1826 à 1828), l’Andromède (Lorient 1827-1833), la Néréide (Lorient 1828-1836) , la Cléopâtre (Saint-Servan 1827-1838), la Danaé (Saint-Servan 1827-1838), la Gloire (Rochefort 1827-1837) et la Virginie (Rochefort 1827-1847).

Ces frégates sont cependant surclassées suite à l’adoption en 1829 du plan type l’Alceste, que l’on doit à l’ingénieur Leroux, pour les frégates de 2e rang dont l’artillerie, plus puissante, est constituée de 28 canons de 30 courts à la batterie et de 18 caronades de 30 complétées par 4 canons-obusiers de 30, en tout 50 bouches à feu donc. Pour rétablir l’équilibre, et du fait de la généralisation du calibre de 30, l’artillerie de la plupart des frégates de 52 canons est modifiée en 1837 et devient identique à celle des frégates de 50.

C’est la fin de la frégate de 24 dans la Marine française, qui privilégie dés les années 1820, sous l’influence certaine du baron Tupinier, la frégate de 30. Et c’est déjà une autre histoire…

Plans des frégates de 2e rang. Extrait de l’Atlas du Génie Maritime. Service historique de la Défense.

______________________________________________________________________
Sur le même sujet :

- La frégate USS Constitution à Cherbourg (1811) ;
- Napoléon voulait des frégates de 24 !

Sources :
- Bonnel, Ulane. Naissance de la marine américaine. Extrait des Marines de guerre européennes: XVIIe – XVIIIe siècles.
- Boudriot, Jean. La frégate. Marine de France. 1650-1850.
- Boudriot, Jean. La corvette la Créole (1827).
- Boudriot, Jean. La frégate L’Artémise et son abattage à Tahiti en 1839, Neptunia n°121.
- Boudriot, Jean. Des vaisseaux de 50 canons aux frégates de 1er rang, Neptunia n°167.
- Boudriot, Jean. La frégate L’Égyptienne, Neptunia n°175.
- Piouffre, Gérard. Naissance de la marine américaine.
- Roche, Jean-Michel. Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours.
- Villiers, Patrick. Marine Royale, Corsaires et Trafic dans l’Atlantique. De Louis XIV à Louis XVI.

About these ads

7 réflexions sur “La frégate de 24

  1. Cela me fait penser à la frégate Acheron dans le film "Master and commander".

  2. Remarque pertinente étant donné que dans le roman (que je n’ai pas lu) de Patrick O’Brian, dont s’est inspiré le film, l’adversaire du capitaine Jack Aubrey est une frégate américaine imaginaire, l’USS Norfolk qui aurait été construite à Boston. D’ailleurs il me semble que dans le film, on précise que l’Achéron, même si le navire est français, a été construit aux États-Unis, à Boston également, et qu’il porte 44 canons. Bref, le parallèle avec l’USS Constitution, frégate de 24 portant 44 canons, bâtie à Boston en 1797 sur des plans de Joshua Humpreys, est certain. D’ailleurs les réalisateurs du film "Master and Commander" se sont inspirés de cette frégate pour modéliser l’Achéron.

  3. C’est exactement ça, l’Achéron dans le film aurait été construit aux États-Unis. Quels sacrés bâtiments ça devaient être ! =)

  4. Je possède un document original de la frégate la Junon de 1804 de la 40eme compagnie.
    Le document date du 17 janvier 1833 au nom de CATHERINE FRANÇOIS.

  5. Une Junon (une frégate de 18) a bien été lancée au Havre en 1806, mais elle a été détruite en 1809. Il existe également une autre frégate, l’Amélie, lancée à Toulon en 1808 et renommée la Junon en 1814. Celle-ci sert de transport de troupes à Madagascar au début des années 1830 puis aux Antilles en 1833, elle est rayée des listes en 1842.

  6. Je peux vous faire une copie de ce document, mais comment vous l’envoyer, par e-mail ou autres ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s